#Coronarticle 2

Je me souviens il y a plusieurs années avoir été choquée par le magnifique Into the Wild de Sean Penn. Certes, le film éblouit. Les grandes étendues sauvages, la nature impudique dévoilant ses merveilles, la faune et la flore américaines comme une extravagante invitation au voyage. Mais ce que mon oeil de spectatrice ne pouvait s’empêcher de fixer, c’était cette décision radicale du jeune Christopher McCandless de tout plaquer. Loin des siens, loin des humains. Comment un rêve d’aventure peut-il nous pousser si loin jusqu’au retrait total, jusqu’à l’isolement même ? Comment l’attrait de la découverte peut-il prendre le pas sur ce besoin universel si naturel d’être en communauté ?

Ironiquement, je repense à Into the Wild à l’heure même où tout rêve d’escapade est pour le moment proscrit. Mon quotidien confiné n’a de sauvage que ma plante verte qui, elle seule, me tient compagnie. Moins séduisante que les montagnes d’Alaska ou les roches ocre du Grand Canyon, je vous l’accorde. Mais mon petit bout de nature me plaît néanmoins. Et pour cause, c’est le seul être vivant avec qui partager mes journées en ce moment. J’en viendrais presque à regretter le métro à l’heure de pointe. Oui parce que, me concernant, la vraie épreuve de ce confinement c’est la solitude.


J’ai considéré une autre vanité sous le soleil. Tel homme est seul et sans personne qui lui tienne de près, il n’a ni fils ni frère, et pourtant son travail n’a point de fin et ses yeux ne sont jamais rassasiés de richesses. Pour qui donc est-ce que je travaille, et que je prive mon âme de jouissances ? C’est encore là une vanité et une chose mauvaise. Deux valent mieux qu’un, parce qu’ils retirent un bon salaire de leur travail. Car, s’ils tombent, l’un relève son compagnon; mais malheur à celui qui est seul et qui tombe, sans avoir un second pour le relever ! De même, si deux couchent ensemble, ils auront chaud; mais celui qui est seul, comment aura-t-il chaud ? Et si quelqu’un est plus fort qu’un seul, les deux peuvent lui résister; et la corde à trois fils ne se rompt pas facilement. *

Qu’on se le dise, loin de moi l’idée de me plaindre ! J’ai un chez-moi, j’ai un travail, je suis en bonne santé ainsi que mes proches et pour cela, je suis reconnaissante. Mais la reconnaissance n’annihile pas le manque. Et alors que les nouvelles technologies ne font pas de moi une ermite, je remarque plus que jamais à quel point j’ai besoin des autres. C’est-à-dire, en trois dimensions. Rien ne remplace le regard d’autrui empli de mille et un souvenirs, les lignes cubiques que dessinent les bras croisés sur des jambes en tailleur, ou encore les rides dansantes sur un front qui sourit.

Le confinement nous pousse à l’introspection et c’est ce que me révèle mon intérieur. J’ai été créée pour vivre en humanité.

* Poème de sagesse tiré du livre de l’Écclésiaste.

** Photo : Flickr / Valentina Requesens

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