#Coronarticle 6

Voilà presque trois semaines déjà que toute communauté est digitale et que l’extravertie que je suis commence sérieusement à pâtir du manque de vis-à-vis. Voir des gens m’énergise : entendre leurs voix, décrypter leurs mimiques et participer au mouvement des corps qui vivent ensemble. Le téléphone a ses atouts bien sûr, mais les échanges manquent de forme, de surprise, de spontanéité. Comment nourrir mon espérance sans être à qui la partager ? Comment rester créative et dynamique alors même que la source même de mes interactions est confinée entre leurs murs et loin des miens ?

Réinventer la communication.

Pas le choix. Ne laissons pas nos appartements nous enfermer et nous fermer à la vie ! Viktor Frankl, survivant de l’Holocauste, voyait autour de lui hommes, femmes et enfants subir avec horreur le confinement des camps. Depuis Auschwitz, territoire de terreur, je ne peux qu’imaginer la douleur et la peine qui tous les accablaient. L’écrivain, poète de la psychologie et de la recherche du sens, commente :

« Face à l’absurde, les plus fragiles avaient développé une vie intérieure
qui leur laissait une place pour garder l’espoir et questionner le sens. »

Et les extravertis, comment s’en sont-ils sortis ? Dans cette vie intérieure où ils chérissaient l’espérance, peut-être ont-ils appris à vivre à plusieurs dans le secret de leurs coeurs ? Je pense aussi à tous les croyants de par le monde qui sont enfermés et torturés à cause de leur foi. Privés de communion avec leurs proches, interdits de chanter ou même de prier, leur témoignage de persévérance m’inspire profondément.
Alors, de mon petit chez-moi dépeuplé mais en paix, je veux accepter mes faiblesses et avouer que ce n’est pas tous les jours faciles. Parfois mes émotions s’emballent et la fatigue me gagne. Mais face à l’absurde, on peut garder l’espoir.

Réinventer la communion.

Voilà presque trois semaines que toute communauté est digitale, mais pas seulement. Mes voisins et moi nous échangeons tous les jours des petits bouts d’existence, pour vivre ensemble bien que séparément. Chaque matin sur notre porte, c’est tout un tas de petites choses signifiantes que nous cherchons à partager : ce qui fait vibrer notre coeur et ce qui vient le réchauffer. Livres à apprécier, recettes à explorer, petits mots et autres petits cadeaux par palier interposés…

Viktor Frankl soutient qu’il y a trois choses qui nous permettent de trouver du sens en période de trouble : le travail que nous déployons en temps de crise, le courage que nous montrons face à la souffrance, et l’amour que nous donnons.

C’est dans ces moments-là que je questionne ma foi.
Est-ce qu’il y a réellement plus que ce qui s’impose frontalement au regard ?
Y a-t-il une communauté, réalité invisible peut-être mais non moins bien réelle que je peux rejoindre, par exemple, par la prière ?

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