#Coronarticle 18

Aujourd’hui, affairée à divers tâches, j’entends au loin mon téléphone vibrer. Dans l’attente d’un message en particulier, je me tourne vers le petit écran héraut de bonnes nouvelles. Fi du héraut qui s’en tamponne royalement de mes attentes, c’est ma compagnie d’assurance qui m’écrit.

Dans leur style lacunaire et dépourvu de toute poésie, on m’encourage poliment à les rappeler. Je flaire le message automatique et je pense d’abord à faire l’autruche. Je sais exactement comment va se passer cet appel et il n’a rien pour me réjouir.

Bonjour madame, merci mille fois de nous avoir choisis, vous êtes contents de votre assurance n’est-ce pas, nous sommes honorés de vous avoir pour cliente, non vraiment qu’est-ce que l’on ferait sans vous, mais si je vous l’assure vous êtes exceptionnelle, d’ailleurs tout comme l’offre hors-de-prix que je vous propose aujourd’hui et que vous feriez bien d’acheter. Et que je te tartine de compliments convenus et de rhétorique commerciale. Et tous les deux mois environ ils reviennent à la charge et moi je suis à cours de rhétorique de cliente amplement satisfaite qui, vraiment je vous l’assure, n’a pas besoin d’une nouvelle assurance.

Aujourd’hui donc, affairée à mes divers tâches et mes espoirs secrets d’être oubliée par mes prestataires empressés, je fais l’autruche. Cinq minutes. Et puis, après un texto, deux appels et un courriel de leur part que s’en est intrusif, je décide de faire l’adulte. J’arbore mon plus beau sourire vocal et je compose le numéro.

Bonjour madame, merci mille fois de nous avoir rappelés, j’ai pour vous une nouvelle exceptionnelle, vous allez pouvoir profiter d’une offre exceptionnelle qui va vous rendre, vous, encore plus exceptionnelle. Je décline fermement, non contente d’être rangée dans le tiroir des causes exceptionnellement perdues qu’il vaut mieux ne jamais rappeler. C’était sans compter son artillerie de vendeur convaincu qui me rétorque de but en blanc :

« Ah oui, mais alors qu’est-ce que vous faites le jour où il vous arrive un litige judiciaire dans le domaine de la famille ? »

Mince alors, on me l’avait jamais faite celle-là.

Dépourvue d’arguments, je sens mes neurones créer des connexions inédites.
Faire l’autruche ?
Faire l’adulte ?
Faire confiance !


« Je fais confiance à Dieu, monsieur. »


C’est sorti tout seul, presque sans réfléchir.
Et pourtant. Face à la multiplicité des incidents possibles et potentiels qui pourraient un jour m’arriver, suis-je bien assurée ? Est-ce que je peux vraiment prévoir et prévenir l’ensemble de mes mésaventures et être absolument sûre que je suis protégée envers et contre tout ? Et quand bien même j’aurais souscrit à toutes les garanties qui couvrent toutes les éventualités, comment être certaine qu’elles englobent toutes les petites astérisques de la fin qui s’en tamponnent royalement de la réalité réelle et de ses subtilités ?

Et contre le coronavirus, on était assurés ?


* Photo : Sunny Studio

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